SCI à l’IS : obligations fiscales, risques en cas de mise à disposition gratuite et bonnes pratiques
La SCI soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) obéit à un régime fiscal très différent de celui des SCI à l’IR. Ce régime entraîne des obligations déclaratives spécifiques, une fiscalité particulière lors des apports, et surtout un traitement sensible lorsque la société détient un bien de jouissance utilisé gratuitement par un associé, un gérant ou un tiers.
1. Obligations déclaratives et paiement de l’IS
Une SCI à l’IS doit respecter un formalisme précis :
- Déclaration 2065 — dépôt annuel de la liasse fiscale (2065 + 2065 bis + 2065 ter).
- Tableaux annexes — selon le régime :
- réel simplifié → séries 2033,
- réel normal → tableaux complets de la liasse fiscale IS.
- Délai de dépôt — dans les 3 mois suivant la clôture de l’exercice.
- Paiement de l’IS — par acomptes trimestriels, sauf si l’impôt de référence est ≤ 3 000 €, puis liquidation du solde à la clôture.
Ces obligations rapprochent la SCI à l’IS du fonctionnement d’une société commerciale classique.
2. Fiscalité des apports lors de la constitution
Lors de la création ou de l’augmentation de capital :
- La SCI doit acquitter les droits d’enregistrement sur les apports.
- Les associés apporteurs peuvent être imposés sur une plus-value d’apport, selon la nature du bien transmis et le régime applicable.
Les apports immobiliers en SCI à l’IS doivent donc être anticipés pour éviter une taxation inattendue.
3. Détention d’un bien de jouissance : un terrain fiscal sensible
Lorsqu’une SCI à l’IS détient un bien immobilier mis gratuitement à disposition d’un associé, d’un gérant ou d’un tiers, la situation devient délicate.
Risque d’acte anormal de gestion
La mise à disposition gratuite d’un bien sans contrepartie peut être qualifiée d’acte anormal de gestion si la société n’y trouve aucun intérêt économique.
Conséquences pour la SCI :
- Non‑déductibilité des charges liées à l’immeuble (amortissements, frais d’acquisition, entretien).
- Réintégration dans le résultat imposable d’un avantage en nature égal à la valeur locative réelle du bien.
Conséquences pour le bénéficiaire
La jouissance gratuite constitue un revenu distribué (avantage occulte), imposable à l’IR dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers :
- Montant imposable = valeur locative brute – quote‑part des intérêts d’emprunt et charges communes remboursées à la SCI.
- En cas de caractère occulte : imposition sur 125 % du montant, sans abattement de 40 % en cas d’option pour le barème.
- La majoration de 125 % ne s’applique pas aux prélèvements sociaux.
Cas particulier : avantage lié à l’activité
Si l’avantage est accordé en contrepartie de l’activité d’un associé salarié ou dirigeant :
- Il peut être requalifié en supplément de rémunération (traitements et salaires ou art. 62).
- Il devient déductible pour la société.
- Il est soumis aux cotisations sociales.
4. Comment sécuriser la situation ?
Pour éviter les requalifications et les redressements :
- Conclure un bail entre la SCI et l’occupant, avec un loyer au prix du marché.
- Verser effectivement le loyer, même en période de non‑occupation.
- Intégrer le loyer dans le résultat imposable de la SCI.
- Déduire les charges afférentes à l’immeuble.
À éviter absolument
La pratique consistant à réintégrer un loyer fictif sans versement réel est risquée :
- acte anormal de gestion,
- appauvrissement de la société,
- risque d’abus de biens sociaux ou d’abus de confiance.
En l’absence de versement, le loyer doit être imputé sur le compte courant d’associé de l’occupant, quitte à créer un CCA débiteur.